Pigeon 19. Novembre 2013

Édito
« On ne se lasse jamais des bonnes gens ! On a de nouveaux amis… »

Le 26 avril 2003, ces phrases de Noël Genteur nous accueillaient pour la première fois en mairie de Craonne.
Elles sont restées en mémoire. Finalement, même s’il était très aimable, le qualificatif était-il bien approprié ? Le titre de mauvaises gens nous irait peut-être mieux. Les Mauvaises Gens d’Étienne Davodeau* sont semblables à nos amis de Besançon, Saint-Nazaire, Saint-Jean-de-Maurienne, Barcelone, d’Argelès et d’ailleurs. « Vous êtes un rebelle ! » disait même son patron au jeune Jean Tenenbaum, notre Ferrat, au début dans les années 50. Bien avant eux, dans les dernières années du dix-neuvième siècle, la Bordas, cantatrice, proclamait que de la canaille, eh bien, elle en était.
Alors, bonnes ou mauvaises gens, c’est selon celle ou celui qui parle, rebelles aux injustices en tout cas. À arpenter des chemins de notre histoire personnelle et sociale, nous en avons rencontré d’innombrables, qui nous ont conduits, que nous avons écoutés, témoignant de leur vécu ou transmettant la mémoire.
Sur le Chemin des Dames, maintes fois ; en Vercors et Chartreuse, plusieurs fois ; en région francilienne, dans le Paris des barricades de la Commune et de la Libération, à Champigny de la Bataille et du bidonville lusitanien, et à Drancy de l’enfermement et de la Déportation ; dans la Marne de Péguy ; en Loire-Atlantique du mur, des empochés, des chantiers de l’Atlantique ; en Maurienne de 1944 et de l’aluminium ; à Lisbonne, Santarem, Peniche et Setubal, des Portugais et des Capitaines d’Avril 1974 ; en Somme avec Blaise Cendrars ; en Croatie avec les femmes de DESA ; en Catalogne des Républicains, de Barcelone à Argelès, par Collioure et Rivesaltes ; en Alsace du Vieil-Armand au Struthof ; à Guise où tous avaient trouvé les choses très au poêle, et récemment à B’sançon des LIP, même si Charles nous manqua, que de sourires fraternels et chaleureux, de visages radieux, graves parfois, de rencontres fraternelles, chaleureuses et émouvantes. Ils nous reviennent innombrables à la mémoire. Ne pas les citer évite d’en oublier. Ils se reconnaîtront.
Nous ne pouvions imaginer tout cela ce 26 avril 2003. Il en est coulé depuis de l’eau sous le pont Mirabeau. Le zouave de l’autre pont nous souffle que, sans forcément vouloir aller pendre notre linge sur la Ligne Siegfried, comme nous le chantâmes jadis, de grands, beaux et bons chemins de mémoire nous attendent encore.
Haut les coeurs !
Vive les 10 ans de Chemins de Mémoire Sociale !

Salut, bises et Fraternité !
Didier Cochet
Méré, le jeudi 3 octobre 2013.

*Étienne Davodeau, Les Mauvaises Gens, Une histoire de militants. 2005, éditions Delcourt.


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lundi 2 décembre 2013
par  Chantal

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