À l’Espagnol

mardi 10 mai 2011
par  Chantal
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par Michel et Evelyne

À l’Espagnol

Elle est à toi cette page,
Toi l’Espagnol qui sans bagage
A fui la tyrannie et la rage
D’un régime barbare et sauvage.

Affrontant la neige et les orages,
Tu as franchi les monts par les alpages,
Sur ces chemins caillouteux de passage
Pour atteindre, plein d’espoir, de nouveaux rivages.

La France, pays ami et davantage !
Pays des lumières et du partage :
Liberté, Egalité, Fraternité en adage !
Un exemple pour un retour dans ton village …

Mais ce n’était qu’un mirage !
Te voila parqué sur la plage
Comme un misérable derrière un grillage.
Voilà que l’on te met en cage !

Ton amour de la liberté en ballottage
Avec femme et enfants qui sont du voyage,
La détresse et la souffrance se lisent sur leur visage,
Mieux que des chaînes, ces liens du sang te retiennent en esclavage.

Patates, topinambours, mais pas de laitage…
Chez les plus jeunes la maladie fait des ravages
À Elne, Elisabeth n’écoute que son cœur, sans tapage,
Sa maternité soulage et limite le carnage.

Le sable comme dallage, la toile pour seul ombrage,
Des planches brulées pour un semblant de chauffage !
Un morceau de fromage, du savon, du cirage ?
Il en a fallu du cœur à l’ouvrage !

Ce n’est pas une histoire inventée pour enfants sages !
Elle s’appuie sur de nombreux témoignages
De ceux qui ont eu tant la chance que le courage
D’en sauver la mémoire malgré leur tout jeune âge.

Étrangers de toutes les couleurs, de tous les usages,
Gouvernements de toutes les couleurs, de tous les suffrages
Pourquoi faudrait-il encore ajouter de tels outrages
À des frères en naufrage ? Pour qu’ils coulent ou pour qu’ils surnagent ?

Amis venus de pays où le pouvoir bafoue les droits et s’en dégage
J’enrage que mon message devienne un mauvais présage,
Car il est bien dur de tourner la page !
Je voulais simplement vous rendre hommage.